L ‘ article sur L’Amour dans l’oeuvre de Platon qui va paraitre dans la revue Francaise. “Temoignage chretienne “

L’Amour chez Platon

On évoque souvent l’Amour Platonique, qui fut mis à la mode par la Renaissance, laquelle remit à l’honneur les philosophes grecs. Dans la vision de la Renaissance, l’Amour Platonique considérait séparément le corps, et l’esprit (l’âme), à la suite d’une certaine tradition héritée du Christianisme. Platon concevait-il les choses véritablement ainsi ? Dans la pensée platonicienne l’Amour comme bien suprême est inhérent à la notion de l’Idée, qui signifie en même temps connaissance du bien suprême. La réflexion de Platon est traversée par trois axes énergétiques. Le premier, celui de l’instinct biologique, du corps, est relié aux pulsions sexuelles fondamentales de la survie. Pour les activer, il faut l’intervention du second axe énergétique, celui de l’Âme (Psychè), qui, dans la philosophie platonicienne, comme une autre demi-divinité, participe à la fois au royaume des Cieux (des Idées) et à la réalité terrestre du corps. L’Âme s’éprend – dans la permanente intemporalité de l’errance à travers l’univers de l’Esprit -, du corps, y pénètre, l’anime et le convertit en un être vivant. Dès lors que celui-ci commence à vivre, commence aussi la possibilité d’activation du troisième axe énergétique : cet axe du monde des Idées, de la connaissance du bien suprême, qui est l’Amour. Pour le connaître, l’on doit traverser la voie de l’Âme, c’est à dire s’approfondir quotidiennement, s’observer soi-même, s’introspecter, rechercher la conscience de soi. Ainsi arrive-t-on à l’Amour. On ne peut y parvenir autrement qu’en vivant l’aventure de l’Âme. Ce n’est qu’alors, que l’on peut atteindre au plus grand bien de l’Idée-Amour. Sinon, il ne restera que les joies hormonales physiques et l’on perdra le spirituel et le psychique. On perdra la Pleine Joie de l’Amour. C’est la raison pour laquelle du reste, dans le Banquet, Platon sépare la Vénus Céleste (Aphodite Ouranios) et Aphrodite Pandémos (La Vénus commune). Toujours dans le Banquet, au moment où Socrate prend la parole, il identifie l’Amour (Éros) à la quête de la Sagesse. L’Amoureux est un enfant du roi Poros (un être qui symbolise la richesse des sentiments, des gestes, et de l’expression de la générosité) et de Penia (La Pauvreté). En étant l’enfant des deux, l’Amoureux porte en lui les deux hérédités de ses géniteurs. Il est donc à la fois très riche en générosité, en compréhension, en dialogue avec l’Autre, mais en même temps, comme il est désintéressé, il est pauvre en richesses matérielles. L’Amoureux, toujours en quête de la sagesse de l’Amour, devient ainsi un philo-sophe, au sens qu’il est un éternel amoureux de la sagesse d’Ouranos (la sagesse divine). L’Amoureux, dans sa quête d’amour, erre, il se tient entre l’errance et l’erreur, mais toujours en avançant sur la voie de l’Amour. À la fin du Banquet, Alcibiade arrive bruyamment avec d’autres jeunes et va vers Socrate. Il exprime son amour pour son maître, mais Socrate n’hésite pas à le critiquer à propos de son inclination vers Aphrodite « Pandemos », qui est est l’expression des plaisirs charnels, physiques, à distinguer d’Aphrodite Ouranios qui est l’expression de l’infinie austérité de la puissance désintéressée de l’Amour. Car c’est seulement par la combinaison des deux, que l’être de raison («ellogon on» selon Aristote) peut atteindre à la pureté de l’amour, n’être pas lié par la matière et participer à l’énergie de la puissance divine, sans cependant être coupée du monde. Sans que soient séparés l’âme et le corps, le corps du monde et son esprit.

Démosthène Davvetas
Professeur de philosophie de l’art, poète, artiste visuel.