Jul 052020
 
Légalité et police concernant les études classiques.
Durant ces dernières années, et tout récemment en particulier, on a pu observer une tendance à évaluer dans une optique « correctrice » certains noms historiques, certains textes européens classiques ou modernes. Autrement dit, il existe des groupes autoproclamés (?) de “juges” scientifiques, qui trouvent que, dans les textes historiques, tels ou tels éléments linguistiques, selon eux, recèlent du racisme (sic), de la xénophobie, de l’inégalité entre les sexes, etc.
Or cette seule pensée en tant que pensée, cache une forme d’irrationnel. Parce que comment lire et châtier un lointain passé avec les critères du présent ? Car, à la rigueur, si sont concernées la littérature et la philosophie du nazisme ou du totalitarisme, lesquels dans notre histoire récente ont joué un rôle catastrophique et inhumain, cela peut se comprendre : dans ces cas-là, l’on approuve en général la sévérité.
Mais dès lors qu’on projette de supprimer des phrases entières d’Eschyle, de Platon ou de Shakespeare, pour ne faire référence qu’à quelques classiques fameux, la chose prend aussitôt un tour dangereux, une dimension inquiétante. Il n’y a pas longtemps, un tel groupe en France a censuré Eschyle, tandis qu’un autre exigeait que soit changé le nom du Mont Blanc, qui ne devait plus être nommé Blanc parce que cela recèlerait « l’idée de la supériorité des Blancs sur les autres races » (sic). Le summum de la stupidité, pour ainsi dire.
C’est là néanmoins que se trouve la menace et le danger. Les groupements qui pensent ainsi ont souvent accès aux centres de pouvoir qui prennent les décisions éducatives. Nous avons déjà connu des échantillons de ces falsifications historiques et scientifiques.
Faut-il éliminer les classiques ou les expurger à coups de ciseaux, avec pour effet de modifier la valeur intemporelle de leurs textes ? Faut-il supprimer les couleurs et les dénominations qui, selon les «juges de la langue», indiquent une distinction entre le blanc et le noir ? ( Au demeurant, quel rapport y a-t-il entre le Mont Blanc constamment enneigé et le racisme, Dieu sait ! ). Goethe, qui a écrit un texte incroyable sur les couleurs, de colère s’en retournerait dans sa tombe. Chaque fois en effet qu’un artiste peindra quelque chose en usant du blanc, du noir, du jaune ou du rouge, devra-t-il se sentir coupable?
Voilà qui passe de très loin à la fois les bornes du ridicule et celle de la dangerosité.
Soit : pourtant, dans les cas où la manière dont les classiques appréhendaient les choses diverge de l’esprit de notre époque moderne, comment s’y prendre ?
C’est en soulignant clairement la question, en instruisant avec pédagogie élèves et étudiants, et globalement, par l’éducation, qu’on formera correctement les consciences des jeunes et des citoyens. Il n’est pas nécessaire d’employer les méthodes qu’ont utilisées, dans l’histoire de la civilisation, des régimes totalitaires, pour mettre sous carcan ou faire disparaître de la mémoire historique certains souvenirs culturels. Bien au contraire, nous ne devons jamais altérer aucun de nos textes classiques, afin de les avoir en permanence sous la main, de sorte que grâce à la comparaison critique et à la connaissance, nous puissions évaluer les progrès que nous avons faits depuis lors dans les domaines de la justice sociale, de l’égalité des sexes, du fonctionnement de la justice et des lois, etc.
Dans cet ordre d’idée, quoique la science moderne, par exemple, ne considère pas la terre comme au centre de l’univers ainsi que le croyait Aristote, on se saurait pour autant retirer les conceptions du philosophe des livres que nos jeunes étudieront.
En les censurant, on montrerait qu’on les redoute, qu’on ne se sent pas dans un rapport équilibré avec le “progrès” actuel. Et il n’est pas de plus grand danger pour la liberté et la Démocratie qu’une police de la langue, de la pensée, des connaissances scientifiques, artistiques, et culturelles en général. Quant aux «censeurs» sournois (?) de la culture, qui entendent tout rectifier, nul ne les empêche, pour autant qu’ils soient capables de rectifier des choses sorties de leur contexte temporel, de le faire. Pourquoi non ?
Sous la seule réserve qu’ils ne veuillent pas, des milliers d’années plus tard, anachroniquement, sanctionner les classiques selon les critères d’aujourd’hui. Qu’ils gardent donc vivantes les sources, pour qu’à travers des analyses comparatives, on mesure avec certitude comment les choses ont évolué. La modification brutale des sources historiques et culturelles n’est pas un facteur équilibrant, car cette démarche n’est pas fondée sur un changement dialectique mais sur un changement radical. De tels « aménagements » de l’histoire nous ont menés à diverses formes de totalitarisme et de dictatures, privant des peuples entiers d’éducation et de développement. Il faut donc prendre avec des pincettes les thèses de tous ces juges autoproclamés de l’histoire, de la culture et de la Démocratie.
Démosthènes Davvetas – Professeur de philosophie de l’art, poète, artiste. (Trad. X.Bordes)
My article on the risk of police classical studies in French. My article about the danger of classic studies in French language. #ddavvetas. #davvetaspolitics.
Legality and police regarding classic studies.
In recent years, and especially recently, there has been a tendency to evaluate some historical names, some classic or modern European texts from a “correction” perspective. In other words, there are of groups (? ) scientific “judges” who find that, in historical texts, such or language elements, they believe contain racism (sic), xenophobia, gender inequality, etc.
But this only thought as a thought, hides a form of irrational. Because how to read and punish a distant past with the criteria of the present? Because, to the rigour, if the literature and the philosophy of Nazism or totalitarianism are concerned, which in our recent history have played a catastrophic and inhuman role, this can be understood: in these cases, we generally approve the severity.
But when we plan to delete whole sentences of Aeschylus, Plato or Shakespeare, to refer only to a few famous classics, the thing immediately takes a dangerous turn, a worrying dimension. Not long ago, such a group in France censored Aeschylus, while another required the name of Mont Blanc, which should no longer be named White because it would ” the idea of superiority of whites on other races ” (sic). The epitome of stupidity, so to speak.
That is, however, the threat and danger. Groups that think so often have access to the centres of power that make educational decisions. We have already known samples of these historical and scientific falsification.
Should the classics or to be eliminated with scissors, with the effect of changing the timeless value of their texts? Should we delete the colors and names which, according to the “judges of the language”, tell a distinction between white and black? (By the way, what is the relationship between the constantly snowy Mont Blanc and racism, God knows! ). Goethe, who wrote an incredible text on colors, of anger would turn into his grave. Every time an artist paint something using white, black, yellow or red, will they have to feel guilty?
This goes from far away both the lines of ridiculous and dangerous.
Either: yet, in cases where the classics were things are different from the mind of our modern era, how do we do it?
It is by clearly highlighting the question, in teaching with student and student pedagogy, and overall, through education, that the awareness of young people and citizens will be properly trained. It is not necessary to use the methods used in the history of civilization in the history of civilization, to put down or remove cultural memories from historical memory. On the contrary, we must never change any of our classic texts, so that we can always have them under our hands, so that thanks to critical comparison and knowledge, we can evaluate the progress we have made since then in the areas of social justice, gender equality, the functioning of justice and laws, etc.
In this order, although modern science, for example, does not consider the earth as at the center of the universe as Aristotle believed, we would be able to remove the ideas of the philosopher from the books that our young people will study.
By Farmlands them, we would show that we fear them, that we do not feel in a balanced relationship with the current ” progress And there is no greater danger to freedom and democracy than a police of language, thought, scientific, artistic, and cultural knowledge in general. What about the sneaky “censor” (? ) culture, which wants to correct everything, no one prevents them, provided they are able to correct things out of their time-setting, from doing so. Why not?
On the one reserve that they do not want, thousands of years later, will punish the classics according to today’s criteria. So let them keep the sources alive, so that through comparison analysis, we can measure with sure how things have evolved. The brutal change of historical and cultural sources is not a balancing factor because this approach is not based on a dialectic change but on a radical change. Such “adjustments” in history have led us to various forms of totalitarianism and dictatorships, denying whole peoples of education and development. So we must take the views of all these judges in history, culture and democracy.
Démosthènes Davvetas – Professor of art philosophy, poet, artist. (Trad. X.Bordes)

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